De la Bourgogne à Dubaï, de la Bretagne aux vignobles alsaciens, Cindy Schirr a suivi un chemin singulier, guidé par la curiosité, les rencontres et une passion contagieuse pour le vin. Portrait d’une sommelière pour qui l’excellence n’a de sens que si elle se partage.
Il est des rencontres qui donnent immédiatement le sentiment de se connaître depuis toujours. Celle avec Cindy Schirr, lors d’un déjeuner au restaurant gastronomique Julien Binz, en Alsace, appartient à cette catégorie. Quelques mots échangés autour d’une table suffisent pour que la conversation s’anime. Nous parlons de vins, de vignerons, de voyages, de rencontres. Sans prétention ni discours savant. Avec cette spontanéité rare qui transforme une dégustation en véritable moment de partage.
Derrière cette simplicité se cache pourtant un parcours hors du commun.

Un Corton-Charlemagne comme révélation
Née en Franche-Comté, entre racines jurassiennes et influences provençales, Cindy se forme à la restauration puis à la sommellerie à Dijon. Elle y rencontre Catherine Doré, enseignante qui deviendra l’une de ses grandes inspirations. « Elle a posé les fondements de ma vie de sommelière », confie-t-elle.
Mais c’est un verre de Corton-Charlemagne 1997 qui bouleverse véritablement son rapport au vin. Elle a à peine vingt ans lorsqu’un vigneron bourguignon lui fait découvrir cette bouteille. Les arômes lui évoquent des bonbons au citron, du beurre, tout un univers insoupçonné. Fascinée, elle souhaite l’acheter, mais ne dispose que de 60 francs, bien loin de son prix.
Le vigneron accepte de lui céder la bouteille à condition qu’elle revienne travailler au domaine pendant l’été.
Elle reviendra.
Cette anecdote résume déjà beaucoup de Cindy : une curiosité insatiable, une émotion immédiate et ces rencontres qui, parfois, changent une destinée.
De la Bourgogne à Dubaï, l’audace de sortir des sentiers battus
Après ses premières expériences dans la restauration étoilée bourguignonne, Cindy choisit de découvrir le vin à sa source, au sein d’un domaine viticole de Mercurey. Direction ensuite Bordeaux et le Médoc, où elle approfondit sa connaissance des vignobles et se prépare à ses premiers concours.
Puis vient Dubaï, en 2005. Une aventure audacieuse pour une jeune sommelière française dans un univers hôtelier international en pleine effervescence.
Au Méridien, elle découvre des vins prestigieux, mais surtout le plaisir de former des équipes venues d’horizons très différents. Elle poursuit ensuite cette mission auprès de grands établissements hôteliers, participant à l’élaboration de cartes des vins et à la transmission des savoirs.
« C’était une expérience magique », se souvient-elle.
De retour en Europe, une nouvelle rencontre bouleverse sa vie. Au Château de Divonne, près du lac Léman, elle croise Michaël, second de cuisine. Leur complicité professionnelle naît autour d’une évidence : plutôt que d’imposer un plat à un vin, pourquoi ne pas imaginer une création culinaire qui sublime la bouteille choisie ?
Le coup de foudre est aussi amoureux. Ils construiront ensemble une vie et plusieurs aventures professionnelles.
La liberté d’une sommelière atypique
Restaurant sur le bassin d’Arcachon, direction d’un établissement hôtelier à Saint-Malo, conseil et formation en Bretagne… Cindy explore toutes les facettes de l’hospitalité.
Elle revendique volontiers son parcours d’« outsider », loin des trajectoires classiques de la haute gastronomie.
En 2023, un mois de vendanges auprès du vigneron Romain Guiberteau, dans la Loire, provoque un nouveau déclic. Entourée de passionnés, elle retrouve l’intensité du vignoble et comprend qu’il lui manque quelque chose d’essentiel : vivre à nouveau au contact quotidien du vin.
Avec le soutien de son mari et de leur fils, elle décide de s’installer en Alsace pour préparer le prestigieux concours de Meilleur Ouvrier de France en sommellerie.
Une décision familiale importante, qui la conduira notamment au Chambard, avant son passage chez Julien Binz, où nos chemins se croisent.

Meilleur Ouvrier de France : au-delà de la reconnaissance, transmettre
Le concours MOF représente un engagement considérable. Dégustations à l’aveugle, connaissances encyclopédiques, ateliers pratiques, maîtrise du service et gestion du stress : Cindy s’y prépare avec une détermination impressionnante.
Mais derrière cette quête d’excellence se dessine un rêve plus profond.
« J’ai toujours pensé que le MOF était mon Graal. Et puis j’ai compris que c’était une étape. »
Ce qu’elle souhaite avant tout ? Transmettre aux jeunes générations la richesse d’un métier qu’elle juge trop souvent méconnu. Leur montrer que la sommellerie ne se limite ni aux grandes maisons ni aux codes intimidants du luxe.
Qu’un vin bien servi, une histoire racontée avec justesse et un accord imaginé avec sensibilité peuvent suffire à créer un instant mémorable.
Le Vin des Femmes ? Une émotion avant tout
Avant de nous quitter, je lui pose cette question qui m’accompagne depuis la création du Vin des Femmes : que lui évoque un « vin de femmes » ?
Sa réponse est touchante. Cindy refuse l’idée de vins intrinsèquement féminins ou masculins. Pour elle, ce sont les émotions, les parcours et les sensibilités qui comptent.
Une vision qui résonne profondément avec la philosophie du Vin des Femmes.
Car au terme de cette longue conversation, une conviction demeure : les plus belles histoires de vin ne se racontent pas seulement à travers les cépages ou les terroirs. Elles s’écrivent surtout grâce aux femmes et aux hommes qui les font vivre.
Et Cindy Schirr possède assurément ce talent rare : celui de donner envie d’écouter, de découvrir et, surtout, de partager.
Texte et photos: Muriel Lombaerts




