De Gand à Côteaux-sur-Loire, Kathleen Van den Berghe trace un chemin singulier. Ingénieure, consultante internationale, puis vigneronne engagée et aujourd’hui Master of Wine, elle fait partie des femmes du vin libres, exigeantes et ancrées dans le réel.
Chez Kathleen Van den Berghe, tout commence par une passion… Inattendue. « J’ai étudié l’ingénierie en construction, avec une fascination pour les ponts », confie-t-elle. Une image qui lui ressemble : créer du lien, relier les mondes. Un fil rouge que l’on retrouve aujourd’hui dans son approche du vin, entre Belgique et France.
Rien ne la prédestinait pourtant à devenir vigneronne. Dans les années 90, elle évolue sur des chantiers, dans un univers encore très masculin. Puis, fidèle à son besoin d’apprendre et d’avancer, elle bifurque vers un MBA avant de rejoindre le cabinet McKinsey & Company. Une carrière internationale s’ouvre alors à elle, rythmée par les missions et les déplacements. Mais Kathleen est une « doer ». Faire plutôt que dire. Construire plutôt que conseiller. La naissance de sa fille agit comme un déclic. Elle veut créer quelque chose de tangible, de vivant.

Le déclic du Château de Minière
En 2010, tout bascule. Avec son mari, elle visite plusieurs domaines dans la vallée de la Loire. Au Château de Minière, c’est l’évidence. « Je me suis dit : si on achète, je change de vie. »
Le lieu a une histoire forte, marquée par une transmission féminine. Un symbole qui résonne immédiatement avec sa sensibilité.
Mais la réalité est loin d’être idyllique. Domaine en difficulté, gestion chaotique, équipe instable… Les débuts sont rudes, presque éprouvants. Kathleen ne recule pas pour autant. Elle analyse, restructure, sécurise. Méthodique, déterminée, elle reconstruit pierre après pierre. « Je n’ai jamais envisagé ce projet comme un hobby. C’était un engagement total. »
Très vite, elle comprend qu’il lui faut aussi maîtriser la technique. Elle se forme en viticulture et œnologie, passe les diplômes du WSET et transforme sa table à manger en salle d’étude.

S’ancrer dans la Loire, révéler les terroirs
En 2016, elle élargit son projet avec l’acquisition du Château de Suronde, en Anjou, un domaine au potentiel exceptionnel. Là encore, elle voit loin : valoriser les grands terroirs, affiner les styles, révéler l’identité des vins.
Son approche est claire : précision, exigence, mais aussi accessibilité. Malgré le choix de la biodynamie, pas question de produire des vins élitistes. « Le vin reste avant tout une expérience de partage. »
Au fil des années, les deux domaines – Château de Minière et Château de Suronde – s’imposent progressivement dans le paysage des vins de Loire. Les équipes se stabilisent, les vins gagnent en justesse, les projets prennent de l’ampleur, notamment autour de l’œnotourisme et du dialogue entre vin et art.

Femme du vin : s’imposer sans renier sa nature
S’installer en Loire en tant que femme, étrangère au lieu et au milieu, n’a rien d’évident. Kathleen Van den Berghe en fait l’expérience. Regard sceptique, légitimité questionnée… Parfois, les hommes de son équipe sont pris pour son fils ou son mari et c’est à eux que l’on s’adresse en les imaginant propriétaires à sa place. Elle avance malgré tout, sans bruit mais sans compromis. « Je vais vite, parce que j’aime avancer. »
Quand on la questionne sur ce qu’est Le Vin des Femmes pour elle, elle répond sans détour : « C’est un vin fait par une femme -c’est le cas au domaine- et pour partager entre femmes . Je trouve mon vin féminin parce qu’il est élégant, il a beaucoup de finesse et il raconte l’histoire d’où il vient. »

Master of Wine : l’exigence jusqu’au bout
Après le WSET, un nouveau défi s’impose : devenir Master of Wine. Un parcours réputé comme l’un des plus exigeants au monde.
Elle réussit la théorie rapidement mais la dégustation à l’aveugle lui résiste. Plusieurs tentatives, des doutes, une pression intense. Jusqu’à la dernière chance. « All or nothing. » Et cette fois, c’est la bonne ! En 2024, elle obtient officiellement le titre de Master of Wine, consacrant des années de travail, de persévérance et de remise en question

Des vins à partager
Pour Kathleen Van den Berghe, le vin n’est jamais une démonstration. C’est une émotion. Un moment. Un lien. « Ce qui compte, ce n’est pas le prix d’une bouteille mais les gens autour de la table. »
Sa signature ? Des vins précis, ancrés dans leur terroir, mais toujours pensés pour être partagés.
Aujourd’hui, elle poursuit son chemin avec la même énergie : faire évoluer ses domaines, affiner son style, transmettre à ses équipes et à ses enfants, continuer à apprendre.
Master of Wine, vigneronne en Loire, entrepreneure mais avant tout femme de terrain. Et toujours cette même ligne de conduite : avancer, créer, construire. « Tant que j’apprends et que je fais, je suis à ma place. »
Ce que j’ai aimé, personnellement…
En plus des sublimes domaines à visiter, où prendre le temps de se ressourcer, j’aime ces vins qui ne cherchent pas à impressionner, mais à toucher. Des équilibres justes, sans artifice.
• La Bulle de Minière – Château de Minière
J’ai été séduite par sa pureté. Une bulle -rouge (Cabernet franc)- fine, élégante, qui va à l’essentiel. Il y a quelque chose de très frais, de très vivant, presque aérien. C’est le genre de vin qu’on ouvre sans cérémonie… Et qu’on finit presque toujours trop vite.
• La Création – Château de Suronde
Un Chenin qui prend son temps et qui nous invite à faire pareil. J’aime sa tension, bien sûr, mais surtout sa profondeur. Il évolue, il s’ouvre, il raconte. C’est un vin qui accompagne autant un moment qu’il le prolonge.
Texte : Muriel Lombaerts – Photos : Château de Minière / Château de Suronde




